Le lund...euh ! Un jour de la semaine, c'est le rendez-vous de Lakévio !

une image, un texte

Une image :

.Mrs Fields original on Fealing Lin Watercolors

Un texte :

Dans la famille, tout le monde l’avait toujours regardée avec des sentiments mêlés en raison des idées farfelues qu'elle avait eues dès son plus jeune âge. Avec son caractère et son allure bohême, Sophie était imprévisible, insaisissable ; elle n’était jamais là où on l’attendait.

Peu à peu, l’indulgence des proches avait fait place à de la lassitude, voire à une certaine exaspération : assurément, on ne pouvait pas compter sur elle… Elle vivait dans un monde imaginaire.

Ses parents avaient travaillé à la faire rentrer dans le cadre, mais avaient échoué dans cette périlleuse opération. Elle avait poussé comme une herbe sauvage et quand elle partit s’établir au fond d’une campagne, la famille en fut soulagée. Elle vivait dans une cabane (« une datcha » disait-elle) où ni ses parents, ni ses sœurs ne voulurent jamais mettre les pieds. Sophie venait rendre visite à sa famille de temps en temps. Rarement. Personne n’aurait su dire de quoi elle vivait. Et d’ailleurs, chacun s’en fichait tant que cette encombrante personne resta à l’écart.

C’est Lucie qui la vit la première. Elle était debout dans l’allée. Elle tenait à la main, une petite valise. Quand elle aperçut Lucie, elle reprit sa marche. Elle était habillée de couleurs vives, un foulard retenant ses cheveux.  Les perles de son collier s’entrechoquaient à chacun de ses pas. Un jour comme celui-ci !

Ils étaient tous heureux de la voir, même si sa présence apportait toujours une certaine gêne. Dans cette journée de deuil, le temps et les ressentiments semblaient s’être figés. La cérémonie fut digne et un bel hommage fut rendu au défunt.

Après les funérailles, les sœurs abordèrent l’épineuse question de l’argent. Le père parti, les langues se délièrent ; le pauvre homme avait eu le malheur de s’exercer à des placements désastreux et chacun savait ce qu’il en était : il allait falloir vendre les biens pour permettre la survie de leur mère, veuve. Alors, que chacun proposait des solutions qui ne rencontraient pas l’unanimité, Sophie prit la parole : « Si vous avez besoin d’argent, j’en ai, moi. » Ils n’y prêtèrent pas attention ; elle divaguait, c’était sûr ! De quoi vivait-elle dans sa cabane ?

Mais elle insista. « Vous connaissez tous, au moins de nom, les romans de Sybille ? La série des douze tomes édités depuis vingt ans et adaptés au cinéma : et bien c’est moi, Sybille. »

©Véro des Rêves de Véro

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