Le rendez-vous de Lakévio !

 

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Paul Rafferty

Un texte :

Qu’il fait bon dehors, que cela sent bon ! Être assise, là sur ce banc, c’est merveilleux. Quelle chance j’ai ! Le soleil chauffe ma peau et j’aime ça : je me sens vivante !

Ils sont drôles ces gens à courir partout ; je me demande où ils vont. Seront-ils là dans trois semaines ? Ils feraient mieux de s’asseoir aussi et  savourer cette belle journée d’automne. J’espère que cela va durer quelques jours ce beau temps que je puisse en profiter.

Les feuilles ressemblent à des petits poissons dorés qui frétillent dans le vent. J’irais bien à la pêche ;  je les enfermerais tous dans un filet pour les rapporter à la maison. Si c’était possible, je les relâcherais tous dans mon jardin pour les voir briller comme des étoiles…

Ça me pique un peu le genou, forcément. C’est la journée des bêtises, décidemment.

En sortant tout à l’heure, j’avais mis mon manteau à l’envers, doublure à l’extérieur. C’était drôle car le satin est jaune paille : j’aurais pu être prise pour un poisson moi aussi. Les gens que j’ai croisés n’ont rien osé me dire. Pas même un rire, pas un sourire… Ils semblaient même gênés.  Qu’ils sont tristes ! Moi quand je me suis rendue compte de mon erreur, je suis partie dans un éclat de rire. Ça fait du bien de rire. C’est bête tout de même de se faire des bêtises pareilles.

Ils n’ont pas ri non plus quand je suis tombée dans l’escalier. Vous imaginez une grande bringue de quarante balais à quatre pattes en pleine rue. Situation des plus ridicules prêtant à sourire plus qu’à pleurer. Un homme est sorti pour venir à ma rescousse. Il m’a relevée, alors que je riais de ma maladresse, et m’a demandé si ça allait. Mais oui, ça va ; ce n’est qu’une égratignure au genou. Cela deviendra une croûte puis la petite marque s’estompera. Comme quand on est enfant. Ça mettra peut-être un peu plus de temps, il est vrai. Je l’ai rassuré, non sans mal, et je me suis assise sur ce banc. Je suis toujours un peu chancelante quand je sors de la salle de « shoot ». C’est comme ça. Ce n’est pas grave. Oh, un oiseau chante ! C’est si beau… Je vais rentrer chez moi et dormir deux jours, la nuit aussi. Ensuite je ressortirai. J’espère qu’il fera encore beau… Oui, je voudrais qu’il fasse encore beau…

Tiens, voilà la voiture : je la reconnais bien au milieu de la circulation. Où ai-je mis le bon de transport que la secrétaire de l’oncologue m’a donné tout à l’heure  pour l’ambulancier ?

©Véro des Rêves de Véro

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