Le jeu de Lakévio !

une image, un texte

 Mais avec des consignes précises :

Jeu des Papous

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ça a débuté comme ça." (emprunt à Louis-Ferdinand, qui voyage au bout de la nuit.)

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard." (emprunt à Maurice des Grandes familles.)

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

 

Une image

André Kohn peintre russe

André Kohn

un texte :
trois textes (je fus très inspirée ce week-end.)

Pour résumer, si vous n'avez pas le temps ou pas l'envie de lire, disons que la version 1 est une histoire de rencontre tendre, la 2nde dépeint une tranche de vie truculente d'un couple rural, et la 3ème, présente le dévouement d'une femme. (Pas certaine d'avoir bien résumé... Perso, j'aime le 2, puis le 3 et enfin le 1 : à vous de voir)  

Interprétation n° 1

Ça a débuté comme ça tous les deux. Serge était penché : « Mais qu’est-ce que ça peut bien être que ce truc-là ? Ça ne ressemble à rien que je connaisse. »

Les œuvres de l’artiste, exposées en vitrine, ne manquaient pas d’intriguer les passants. L’homme était arrivé quelques mois auparavant et s’était installé dans la boutique de Mme Polant. Celle-ci vivait à l’étage supérieur ; elle avait mis à la location son ancienne boutique de lainage et la cour à l’arrière dont elle n’avait plus l’utilité, surtout depuis le décès de son époux.

L’artiste était arrivé de nulle part, avec un fort accent étranger. Mme Polant ne lui connaissait pas d’amis. Il ne recevait aucune visite. Il avait pris possession des lieux et chacun vivait à son étage : lui en bas, elle dans l’appartement du haut. C’était un solitaire qu’elle avait observé, écouté, scruté jour après jour, grande occupation pour une veuve vieillissante. Elle avait fini par se prendre d’affection pour ce grand gaillard aux mains marquées qui passait de la colère à la tristesse, dans l’élan de la création.

La nuit, elle l’entendait tronçonner et souder le métal en des sculptures improbables. Les œuvres ne lui plaisaient pas, mais l’énergie et la fougue qu’il mettait dans leur réalisation, la fascinaient.

Serge n’arrivait pas à détacher son regard de la vitrine. Une attirance qu’il ne s’expliquait pas. Il lui fallait trouver un début de sens à tout cela ; il ne partirait pas tant qu’il n’aurait pas le début d’une réponse. De toute façon, depuis que sa femme était partie, il n’avait plus d’impératifs à respecter.

« Qu’est ce qui a pu traverser l’esprit de cet artiste ? »

Soudain, il sentit une présence derrière lui. « Vous regardez la vitrine avec beaucoup d’intérêt, monsieur.

-Bonjour madame. Oui, je me demande ce que cela représente.

- Personne ne vous répondra, monsieur. Qui sait ce que cela représente ? Non, personne ne vous le dira… Dites, puis-je vous demander un service ? Vous semblez avoir du temps devant vous. Pourriez-vous m’aider à monter quelques bûches à l’étage, pour ma cheminée ? Vous seriez bien aimable. Je suis tellement fatiguée d’avoir trop marché aujourd’hui.

- Bien entendu, madame.

-  C’est lui qui le faisait, dit-elle un jetant un regard vers la vitrine. Mais il ne le fera plus. Si vous le voulez, je vous offrirais un café et vous raconterais l’histoire de cet artiste incompris.

- Volontiers. Ainsi, je pourrais attendre son retour pour voir à quoi il ressemble.

- Hélas, l’artiste nous a quittés ; il s’est suicidé il y a trois jours. C’est bien triste.»

En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard.

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Interprétation n° 2

Ça a débuté comme ça. Vendredi dernier, Lucien se pencha pour regarder l’assiette posée sur le rebord de la fenêtre. Il n’aurait pas dû.

C’était un vendredi, jour de marché. Mais comme Lucien n’aimait pas en faire le tour, il avait laissé Germaine aux abords de la place, non sans lui promettre de ne pas mettre un pied dans le café. Il avait bien envie d’en pousser la porte pour y retrouver les habitués, mais il ne saurait être raisonnable et Germaine lui ferait une vie impossible ensuite. Il est vrai que l’amende reçue pour conduite en état d’ivresse leur avait beaucoup coûté : en argent mais aussi en confort de vie, les obligeant à rester reclus dans leur village. Sans compter la honte qu’avait ressenti la dévote Germaine qui en bonne rancunière, avait harcelé le mauvais conducteur de ses plaintes pendant des semaines, jusqu’à la récupération du permis. Depuis, pour ses sorties à lui, il prenait son vélo qu’il adossait le long de la vitrine du café le temps de refaire le monde avec les ivrognes du coin.

Aujourd’hui, le monde ne sera pas repensé, les gendarmes ne donneront pas d’amende, le permis ne sera pas rejoué, c’est promis : Lucien Polant va bien se tenir conformément aux désirs de son épouse.

Il s’engouffra dans la rue des cailloux ; elle avait l’avantage de déboucher dans la rue du Moulin qui ramenait vers le centre de la ville. Germaine aurait tout le temps d’effectuer ses achats et de faire marcher sa langue de vipère. Ce midi, il aura à subir tous ses bavardages qu’il fuira dans l’après-midi en prenant son vélo ! Ne surtout pas la mettre en colère ; c’est trop pénible à supporter.

Il marchait, le nez au vent, les bras dans le dos. Il vit sur le rebord d’une fenêtre une assiette rouge. Intrigué par cette découverte, il s’arrêta et il se pencha pour mieux regarder ce qu’elle pouvait contenir. La couleur lui semblait terriblement « coupe appétit » et il chercha à définir ce qu’elle contenait.

A l’intérieur de la maison à fenêtre basse, une jeune femme en tenue légère dansait en souriant …

Lucien ne l’avait jamais vue mais en avait déjà entendu parler au café. Les gens du quartier ne l’aimaient pas car son mode de vie, trop libre au goût des bigotes dérangeait toutes les bonnes âmes. Elle releva la tête et leurs regards se rencontrèrent. « Hé le vieux, t’es pas gêné ! » Il fit un mouvement de la main, prêt à justifier sa posture. Mais sa main renversa l’assiette et son contenu dont il n’avait toujours pas défini l’essence.

La femme s’énerva : « Ça ne va pas ! » Elle fit un pas vers la fenêtre, se prit les pieds dans le tapis et chuta près du canapé, sa tête cognant la table basse. Un filet de sang s’échappait de sa tempe. Lucien assista à la scène : que faire ? Elle gisait au sol, un sein sortant du déshabillé, les cheveux étalés autour de son visage crispé dans la colère. Le pauvre vieux jugea la situation. Personne ne l’avait vu. Il n’avait touché à rien. Il ne voulait pas s’attirer les foudres de Germaine. Il regarda le sein dévêtu : « Mince », dit-il. Il prit sa décision. Il s’éloigna de la manière la plus tranquille qu’il pût. Et il essaya d’oublier cette scène : « le pire, c’est que je ne sais toujours pas ce qu’il y avait dans cette assiette. » 

Il fit le tour et retrouva Germaine au point convenu. C’était la semaine dernière. Mais aujourd’hui, après avoir déposé Germaine, il était entré dans le café. Il n’y était pas revenu depuis, n’ayant aucune envie de revenir en ville. Il avait prétexté un mal indéfinissable et s’était échappé en s’activant dans le jardin à la grande surprise et pour le plus grand bonheur de Germaine.

Juste un verre. Il fallait bien cela pour se remettre des émotions. Il n’entendait même pas les bavardages autour de lui, évoquant la pauvre femme retrouvée inerte dans la rue d’à côté, vendredi dernier. Cela avait animé les discussions pendant trois jours dans le petit café. Lucien surveillait l’heure en silence : « l’office doit être terminé à l’heure qu’il est », pensa t’il. « C’est bien triste tout de même. » Il reprit la voiture et conduit jusqu’au cimetière où il retrouva son épouse, si dévote,  en compagnie du diacre et des employés des pompes funèbres. Personne d’autre : « Quelle tristesse ! », répéta t’il. Il ne s’attendait pas à cela. Il pensait qu’il y aurait eu plus de monde tout de même, d'autres gens que sa femme, si dévouée à la paroisse. En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard.

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Interprétation n° 3

Ça a débuté comme ça. Le petit vieux qui semblait perdu, errait dans la rue, regardant autour de lui, effrayé de cet univers qu’il ne reconnaissait pas. Dans sa tête, les pensées se bousculaient : Où est Edmée ? J’ai tant besoin d’elle.

Il vit une fenêtre ouverte et s’approcha pour interroger : « Vous n’avez pas vu Edmée ? » 

Edmée Polant, infirmière dévouée dans la maison de retraite, portait un nom prédestiné ; elle était la personne sur qui s’épauler quand on avait besoin d’aide.

Le petit vieux la cherchait partout. Il était triste depuis le départ de Marie, décédée quelques jours plus tôt à la maison de retraite. Il était sorti comme il en avait l’habitude ; mais aujourd’hui, il se sentait différent, un peu plus de brouillard dans la tête peut-être. La tristesse l’accablait…

Comme bien d’autres, il n’avait pas de famille pour veiller sur lui ; quelques cousins éloignés qu’il n’avait pas revus depuis…depuis ? Oui, beaucoup de ces petits vieux étaient abandonnés de leur indigne famille. Hélas, ce n’était pas toujours le cas ; certains veillaient à distance sur cet être fragilisé dans le grand âge.

Edmée Polant avait certaines accointances avec un notaire, disait-on chez certains. Toujours est-il qu’elle était indispensable aux petits vieux qui sans elle, se sentaient perdus. Irremplaçable madame Polant.

Où est Edmée ? Le petit vieux perdait patience ; il était fatigué. Il s’arrêta, s’assit sur un banc,  espérant qu’une bonne âme le reconduisit où il devait être, comme l’autre jour. Quelqu’un fermait la lourde porte de l’église. « Edmée n’est pas là », se dit le petit vieux avant de retomber dans un monde intérieur impénétrable.

En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard.

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