Le rendez-vous de Lakévio !

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Une image :

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Harold Harvey

Les témoignages.

Trois personnages. Trois points de vue.

Ma copie :

Margaret ouvrit la porte car l’odeur du cigarillo d’Anny l’indisposait. Mary, la plus réservée, regardait ses deux sœurs qui commentaient la coupure de journal.

 

Margaret : Tu te souviens Anny ; nous avions mis nos plus belles robes pour aller le voir. Quel chanteur !
Anny : Oui, je me rappelle. J’en étais toute tremblante. Quelle émotion !

 

L’article de journal datait de plus de vingt ans, mais l’événement était tel, qu’elles s’en souvenaient comme si c’était hier.

 

Margaret : C’était sensationnel de recevoir une telle vedette dans notre ville. Tu te rappelles, toutes les filles étaient folles.
Anny : Oh oui… Sally était au désespoir de ne pouvoir aller au concert.  Elle en a été malade.
Margaret : Je me rappelle. Quelle histoire elle a fait ! C’était d’un ridicule de se mettre dans un tel état pour cela. 

 

Anny haussa les épaules. Elle comprenait bien Sally. Comment ne pas regretter ne pas avoir été là ? C’était un moment unique dans une vie ; celui où jeune fille, on va voir son idole et carresse l’espoir secret de l’approcher. Oui, comment ne pas être déçue de ne pas être là, au bon moment. Elle en devinait le déchirement, elle qui justement, ce soir là… Anny se souvenait du baiser échangé derrière la salle. Elle s’était approchée comme les autres fans, espèrant une dédicace après le spectacle, alors qu’il était sorti de scène depuis quelques instants. Toutes espéraient qu’il réapparaitrait pour une séance de dédicace.  Ce n’était que bousculade et hurlement ; elle en éprouva de la gêne. Aussi, elle renonçait bien vite à son entreprise : elle n’aimait que le calme et ces scènes d’hystérie l’indisposaient. Elle avait perdu de vue sa sœur et se résignait à quitter les lieux pour rentrer seule à la maison, quand en passant à l’arrière de la salle, à travers les caravanes des artistes, elle fut surprise de se trouver face à lui, son idole. Sans échanger un mot, il l’attira à lui et ils échangèrent un baiser. Elle en était toute tremblante quand il relacha son étreinte. Il partit en riant, la laissant abasourdie. Elle se rappellait l’état de bonheur dans lequel elle rentra à la maison ce soir-là. Etait-ce un rêve ? Un mirage ? Elle ne savait pas. Elle eut énormément de mal à s’endormir, et elle entendit sa sœur Margaret rentrer bien plus tard. Au petit matin cette dernière était restée bien silencieuse sur la fin de soirée. Son caractère n’incitait pas ses sœurs à l’interroger plus. Elles ne réussirent qu’à entendre une description du campement de caravanes du staff, garées à l’arrière de la petite salle des fêtes. De l’ambiance festive des musiciens qui avaient joué longtemps encore autour d’un feu de camp.

 

Margaret : Mary, tu ne dis rien, toi ?
Mary : Tu sais bien que je n’étais pas avec vous ce soir-là. J’étais clouée au lit avec une fièvre. La même que Sally…
Margaret : Ah oui, c’est vrai.

 

Mary était dans ses pensées.  Ce chanteur, elle ne l’avait pas vu ce soir-là, comme ses sœurs, mais bien plus tard, à la grande ville. Si les trois soeurs n’avaient que peu de chose en commun, il était un fait sur lequel elles auraient pu s’accorder : elles pouvaient toutes attester qu’il était un amant merveilleux.