Le rendez-vous de Lakévio !

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Nicolas Ordinet

Mon texte :

Le soleil était encore généreux en cette fin d’après midi. Et elle appréciait ! Vendredi fin de journée, le bonheur était à portée de main. Même si elle aimait son boulot et qu’il représentait énormément dans sa vie, elle était heureuse de s’en échapper pour deux jours. Comme toutes les semaines, elle avait poussé la porte du bistrot situé au bord de la zone d’activité. C’était à la frontière du lieu de travail et de la route qui menait à la maison. Elle avait pris l’habitude de cette pause hebdomadaire de fin de semaine comme un sas de décompression. Si le mardi, c’était la sortie entre copines, cette petite demi-heure du vendredi n’appartenait qu’à elle seule. Elle était toujours étonnée de voir tous ces hommes en cette veille de week-end dans ce lieu. Mais il est vrai que beaucoup attendait l’horaire du train qui les mènerait bientôt à leur foyer.

Elle buvait une citronnade, savourant cette bouffée de liberté avant de regagner le foyer. La serveuse la reconnaissait maintenant et elles échangeaient quelques mots sur leur quotidien. Mais ce vendredi là, ce fut différent. Un grand brun vint s’installer tout près d’elle, sur le tabouret voisin. Il commanda la même chose qu’elle à la serveuse, intrigué par la couleur de la boisson. Puis il demanda à sa voisine de bar ce que c’était. A la mine dépitée qu’il adopta quand il sut, elle répondit par un éclat de rire. Il avait un charme fou. Très vite, elle sentit qu’elle n’y était pas insensible. Il était beaucoup plus jeune qu’elle, et son visage portait tous les signes de la beauté telle qu’elle la concevait : de grands yeux rieurs,un nez fin et une bouche parfaitement dessinée. Quant à sa voix grave… C’est cela qui la bouleversa le plus en fait… Elle souriait et parlait, faisant des efforts pur ne pas montrer son trouble, choississant des mots qui ne la trahiraient pas. Elle n’avait pas ressenti un tel émoi depuis ses vingt ans. Il plaisanta sur l’environnement de travail, sur le désespoir des hommes perdus dans ce bistrot… Ils riaient, s’amusaient de tout. Elle sentait une chaleur en elle, une explosion d’émotions comme cela ne lui était plus arrivé depuis longtemps. Elle termina son verre pour se donner de la contenance… Un coup d’œil à la pendule la sortit de sa torpeur. Cela faisait plus d’une heure qu’elle était là. Son mari et son fils l’attendaient à la maison. Elle s’excusa maladroitement et partit comme une voleuse.

Sur le chemin du retour, elle repensa à cet instant hors de tout. Comment justifier son retard ? Mais surtout, il fallait taire l’émoi en elle ; elle avait l’impression d’irradier de cette émotion. Que s’était-il passé ? Pourquoi avait-elle perdu la raison quelques instants ? C’était si doux cette explosion de bonheur. Elle mesura le danger que représentait ce pot de fin de semaine. Elle ne devait plus voir cet homme… Non, ne pas courir le risque de le revoir. Elle se promit, à regret, de ne plus venir là le vendredi…

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