Le rendez-vous de Lakévio !

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Une image :

Guillaumin Armand JB Rocks at Trayas, 1915

Armand Guillaumin - Le Trayas

"Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.
Le soir se fait, un soir ami du paysage
Où les bateaux, sur le sable du port,
En attendant le flux prochain dorment encor…"

Emile Verhaeren - Le Voyage, extrait )

 

Voyage immobile, rêverie en bord de mer, souvenir de voyage, promenade en mer...

Vous l'avez compris : thème imposé : la mer !

Un texte :

J’hésite : est-ce bien là ? Je ne le voyais pas comme cela. Je l’imaginais bien plus grand. Pourtant, c’est là, j’en suis certaine.

Annie pestait à l’intérieur de la voiture : pourquoi sa fille avait-elle voulu faire ce détour sur la route des vacances ? Cela rallongeait le voyage de cinquante kilomètres. La vue était belle, certes. Mais là où elles allaient, il devait y en avoir de semblables.

Sa fille approcha de la voiture. « Allez maman, viens voir. »

Flûte ! Annie en avait déjà assez mais elle savait que sa fille était assez déterminée pour ne pas céder. Et surtout, le médecin avait bien insisté dans leur tête-à-tête, sur le fait que sa fille était encore fragile et qu’il fallait la ménager. On ne se sortait pas si facilement d’une telle maladie. Ces vacances devaient leur permettre de se retrouver, de renouer les liens. Elle retira sa ceinture de sécurité. Qu’est ce que sa fille lui avait dit déjà en stoppant la voiture dans cet endroit ? Ah oui ; elle avait vu le paysage dans une brochure de vacances et elle voulait lui faire une surprise.

Elle s’approcha malgré son vertige et son aversion pour les bords de falaise.

« Mais approche toi maman. Viens plus près. »

Annie se sentait chancelante mais s’exécuta.

« Alors ? tu vois maintenant, demanda Mélanie. Tu vois où je veux en venir ?
-… Que dois-je voir ?, répondit Annie.
- Mais cette plage où nous sommes venus quand j’étais petite, avec papa. »

Annie cherchait dans ses souvenirs : 

« Je t’assure que nous ne sommes jamais venus ici.
-Mais si enfin.
-Non. Nous ne sommes jamais venus ici. Tu pourras demander à ton père.
-Mais maman… Je jouais au bord de l’eau. J’avais fait un magnifique château de sable.
-Non vraiment, tu confonds. On y va ? On a encore de la route. »

Mélanie ne dit rien. Bien sûr qu’elle avait joué sur cette plage. Comment sa mère avait-elle pu oublier ? Dès qu’elle avait vu la photo, elle avait reconnu le lieu. Elle se rappelait le bruit des vagues, le sable fin qu’elle modelait en trésors. Combien de temps avait-elle passé sur cette plage ? Cela lui semblait être des jours et des jours…

« Tu viens, Mélanie ? » La mère se retourna pour appeler sa fille. Et de ce point de vue là, cela lui sauta au visage. Mais oui, elle reconnaissait ce paysage pour l’avoir déjà vu.

« Tu sais quoi. Cette vue me rappelle une tapisserie de ta grand-mère. Celle dans la chambre d’amis, en face du lit. Tu as dû y dormir plus d’une fois quand tu étais petite. »

Quand Annie pensait à sa belle mère, elle en avait des frissons. La vieille lui avait fait la vie dure. Autant, elle avait été adorable avec sa petite fille, autant elle avait toujours rejeté sa belle fille.

« Si tu aimes tant ce point de vue, je pourrais te faire un sac avec la tapisserie ; ça se fait. »

La tapisserie devait traîner dans le grenier avec tout le fatras récupéré à son décès. S’il n’y avait eu qu’elle, tout aurait été au feu ! Annie pensait au bonheur qu’elle aurait à taillader la tapisserie qui avait pris tant de temps à la vieille pour la réaliser. A chaque visite, sa belle mère y travaillait avec peine ; il faudra moins de temps pour la transformer. Et puis personne n'y trouvera rien à redire : son mari serait heureux de la voir sortir du grenier, et Mélanie pourrait encore rêver devant…

« Ça te tente un sac ? »

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