Le rendez-vous de Lakévio.

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Robert Brownhall SurfersParadiseunits 2006

Robert Brownhall

"Je m’appelle Renée. J’ai cinquante-quatre ans. Depuis vingt-sept ans, je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un bel hôtel particulier avec cour et jardin intérieurs, scindé en huit appartements de grand luxe, tous habités, tous gigantesques. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Je n’ai pas fait d’études, ai toujours été pauvre, discrète et insignifiante. Je vis seule avec mon chat, un gros matou paresseux, qui n’a pour particularité notable que de sentir mauvais des pattes lorsqu’il est contrarié. Lui comme moi ne faisons guère d’efforts pour nous intégrer à la ronde de nos semblables. /.../"

Muriel Barbery - L'Elégance du Hérisson

A l'image de l'extraordinaire Renée du roman pré-cité, faites le portrait, à la première personne, d'une concierge étonnante.

Conférence des Concierges, lundi !

un texte :

Je m’appelle Xavière, j’ai cinquante-huit ans et je suis concierge depuis quarante ans. Après deux ans passés dans la cité du nord, je suis arrivée ici ; je n’en ai plus jamais bougé ! C’est chez moi.

Que de souvenirs ! J’en ai vu grandir des petits. Certains, adultes sont venus s’installer ici par la suite. Les enfants étaient partout : c’était plein de vie. Ils jouaient en bas sur le gazon. Les mamans se parlaient depuis leur balcon. Mon travail était assez facile : chacun veillait au respect des lieux. J’étais parfois la confidente de ces dames. Mais je suis discrète ; jamais aucun secret n’a été divulgué. Ça leur faisait du bien de se livrer, elles qui ne quittaient que rarement la cité. Je me souviens de madame Durand, que j’ai assisté pour son cinquième accouchement en novembre quatre vingt trois. Les pompiers tardaient à venir, j’ai pris les choses en main. J’avais eu de belles étrennes cette année-là. Et puis, le petit couple du troisième, ils étaient adorables. Les Leroux. Je leur faisais leurs courses, et le ménage après mes heures de service. C’était un peu ma famille, à force. Ils ont vécu ici jusqu’à leur cent deux ans pour lui et quatre vingt dix huit ans pour elle. Ils sont partis à deux jours d’écart. C’était le temps où les petits jeunes partaient pour une vie éclatante au loin et les petits vieux restaient pour s’éteindre chez eux. Quand il n’y a plus eu de personnes âgées, des jeunes couples sont venus s’installer. Mais déjà, ce n’était plus pareil ; même si on a eu quelques fêtes des voisins, ça n’était plus ça ! Les gens semblaient être de passage, ne plus s’investir dans la vie du quartier. C’est dommage ! Un bonjour mais pas un mot de plus.

Aujourd’hui ? J’attends de partir. Trop vieille pour continuer ainsi. Le syndic va me remplacer par une société de nettoyage. Je n’ai pas de regret, j’ai fait mon temps. Et puis, mon travail aujourd’hui se résume à effacer les graffitis, essuyer des crachats sur les vitres, à signaler les dégradations… Cette nuit encore, les jeunes ont fait du rodéo. Je pars à la campagne. Je ne sais pas si je me ferais au silence, à la nuit noire. Mais je sais que j’en ai vraiment besoin.

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