Le rendez-vous de Lakévio !

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Jeff Rowland-1964-LetinRain

Jeff Rowland - Let it rain

un texte :

 « Je m’en souviens comme si c’était hier. La scène m’avait tant marqué que les détails sont encore bien vivaces. J’étais à l’abri sous les arcades, en retrait du quai. La foule se pressait dans une jolie pagaille en raison de la pluie cinglante. Chacun marchait tête baissée, couverte de capuche ou de parapluie. Les imperméables ne suffisaient pas à protéger du déluge. Je restais à l’abri, regardant ce désordre de marée humaine qui cherchait à accéder au train. J’étais ici pour bien autre chose que courir sur le quai comme eux. Aussi, j’observais ces individus désespérés, pressés, trempés, mesurant la chance qui était la mienne de pouvoir rester là où j’étais. La foule convergeait vers le quai, le chef de gare soufflait déjà dans son sifflet pour prévenir du départ immédiat. Le spectacle était terminé, j’en avais assez d’être là ; j’espérais maintenant que la pluie cesse pour pouvoir rentrer chez moi. J’étais peu satisfait n’ayant pas trouver ce que j’étais venu chercher ; cette maudite pluie avait gaché mon dessein. J’étais en colère. Quelle perte de temps ! pensai-je à ce moment-là. 

Puis je la vis. Elle était vêtue d’un manteau et d’un chapeau rouge et restait immobile sous la pluie battante, les mains dans les poches. Elle m’intriga. Je ne la quittais pas des yeux, cherchant à percer le mystère de cette femme en rouge statufiée. Le train partit avec son flot de voyageurs. Il ne restait plus personne aux abords de la gare. Juste elle et moi. Je pris mon courage à deux, tenant d’une main le col bien fermé de mon imperméable et de l’autre mon chapeau, je m’approchais d’elle. Juste un coup d’œil en sa direction me permit de constater son visage dévasté de douleur. J’en fus saisi, profondément impressionné. Cela me bouleversa plus que je ne l’aurais imaginé. Je passais à côté d’elle, n’ayant pas le courage de l’aborder : qu’avais-je à lui dire ? Je me sentais ridicule : qu’avais-je espéré en m’approchant si près ? Elle ne m’avait même pas vu, absente à ce monde à ce moment là. Je hâtais le pas et rentrais chez moi, trempé jusqu’aux os. Oui, je m’en souviens comme si c’était hier. »

Il s’enfonça dans son fauteuil. J’attendais la suite avec impatience sans oser briser le silence. Il saisit sa pipe et aspira quelques bouffées avant de reprendre la parole.

«  En fait, cette scène a été une providence : le motif est inspirant ! Quel beau synopsis ! Il me suffira de changer quelques détails et cette histoire sera déclinée en mille versions. Elle aura manqué tour à tour son amoureux, son ami, un inconnu… Ou elle l’accompagnera sur un quai de gare, dans un aéroport ou sur une place dans des au-revoir déchirants. Ce sera Lille, Paris, Bordeaux… Cette histoire se renouvellera sans cesse, celle d’un amour éternel... »

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