Le rendez-vous de Lakévio.

 une image, un texte

 une image :

Brocha Teichman -painting-of-sisters

Brocha-Teichman

un texte :

«Moi, quand je serai grande, je serai une princesse.
- Une princesse ?
- Oui, avec une couronne pleine de fleurs.
- Ah…
- Et toi ?
- Moi, je deviendrai Miss Monde. Je voyagerai partout dans le monde avec des robes brillantes comme des étoiles. »

Les deux fillettes qui se retrouvaient chaque été dans le village où vivait leur grand-mère respective, attendaient ces retrouvailles chaque année. Puis le décès de l’une des aïeules mit fin à cette parenthèse estivale. Cléa et Emma se perdirent de vue tout simplement, en douceur ; elles échangèrent quelques coups de fil puis des lettres avant de glisser doucement vers le silence.

Cléa rencontra son premier véritable amour à dix-sept ans. Elle tomba enceinte et le prince charmant s’enfuit à l’annonce de la nouvelle. Etouffant chez ses parents, peu enclins à être appelés pépé et mémé (trop prématurément à leur goût), elle décida de prendre son envol avec son fils.

Elle allait l’élever seule, et pour cela prit le premier travail qui se présenta ; celui d’employée du seul magasin du quartier. Un garçon sans charme, vint dans le cadre d’une mission d’intérim, le temps des vacances dans le magasin d’une si petite surface qu’il leur était impossible de travailler tous les deux dans le même rayon sans se frôler. Mais il était si terne et sans éclat qu’elle ne lui accorda aucune attention. Ils se croisèrent dans les travées sans un regard, cherchant même à s’éviter. Puis il revint travailler trois mois plus tard, en contrat à durée déterminée puis indéterminée. Ils se parlèrent plus, se frôlèrent plus, s’attachant à remplir les rayons en même temps. Deux mois plus tard, il osa un baiser la prenant dans ses bras et la nommant « ma princesse. » Enfin, elle était princesse… Son cœur s’emballa, sa raison baissa la garde ; elle était à nouveau prête pour l’amour. Ils se mirent en couple et demandèrent une mutation dans une station balnéaire, histoire de vivre dans un cadre non pas plus fréquenté mais plus vaste : la mer à perte de vue soignait leur vague à l’âme quand ils sortaient de la sordide petite supérette.

Quant à Emma, les rêves de miss qu’elle avait nourri toute son enfance, furent anéantis par les hormones qui à l’adolescence modifièrent son corps de façon bien différente des critères de la beauté en vogue, la rendant difforme. Déterminée à vivre pleinement son existence, elle décida de changer de voie : à la beauté physique à la mode, elle choisit les sciences physiques, entreprenant des études supérieures. La carrière d’étudiante ne se fait pas sans les soirées et les bizutages en tout genre. Elle si sage d’habitude, se laissa entraîner dans une virée des plus extravagantes. Le lendemain d’une fête, dont elle ne se souvenait pas tant elle lui avait fait perdre le sens de la gravité, elle se découvrit sur fessebook dans une photo dénudée où elle n’était pas à son avantage, commentée par un « miss ronde ». Elle n’osa jamais demander à quoi « ronde » faisait allusion : son physique ou son état ? Pour oublier cette fausse note dans son plan de carrière, elle  décida d’aller s’aérer en bord de mer, dans une petite station quasiment déserte en automne.  Et c’est sur cette plage déserte, au milieu d’algues vertes qu’elle reconnut son amie d’antan.

«  Cléa ?
-Emma ? »

©Véro des Rêves de Véro

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