Le rendez-vous de Lakévio !

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Adeline Golminc-Tronzo

Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?... (Lamartine)
Thèse, antithèse ou j'aime/je n'aime pas. Pour ET contre, noir ET blanc.
Ce fauteuil doit vous inspirer deux (courts) textes, avec des points de vue différents : un positif, un négatif. 

Un texte

Voilà ! Une photo, une carte à jouer et une paire de gants ; c’est tout ce qu'il me reste de lui. Et les souvenirs ! Je crois qu’il me faudra du temps avant de réussir à m’asseoir dans son fauteuil. Car oui, c’est le sien. Je le vois encore s'y installer avec bonheur. Je ne m’en séparerai pas. Vais-je oser mettre ses gants ? Oui. C’est doux, c’est chaud. J’ai le sentiment de ne faire qu’un avec lui… Je déraisonne. Qu’est ce que je l’ai aimé, cet homme. Je savais bien que notre différence d’âge favoriserait cette séparation mais c’est trop tôt. Bien trop tôt. Il aimait à me taquiner : « quand je partirais, tu trouveras un jeunot de ton âge et vous aurez des enfants. » Lui n’en voulait pas avec moi. Sa femme lui en avait fait trois beaux. Ils étaient présents au cimetière, les uns avec les autres, les uns pour les autres. Et moi, j’étais seule, derrière un arbre. 

Je regarde la photo que j’avais volée dans son portefeuille et j’ai envie de pleurer. Le fauteuil était là, bien avant lui. Il se l’était approprié, c’était devenu le « sien ». Je n’arrive pas à en détourner les yeux. Deux objets oubliés chez moi : une carte à jouer et une paire de gants… C’est donc tout ce qu’il a prévu de me laisser ? C’est tout ce dont je suis digne, les objets de ses oublis ? Il ne m’a jamais fait de cadeaux. Je n’en voulais pas. Je lui répétais que c’était lui que je voulais et cela semblait lui convenir. Il prétextait des parties de jeux de cartes pour sortir de chez lui et venir me rejoindre. Il avait toujours des cartes sur lui, comme si cela pouvait servir d’alibi. N’a-t-elle jamais soupçonné mon existence ? Cela fait des années que cela dure…Aucune faute commise… Ses gants. Ils portent encore son parfum mêlé à celle de sa sueur et au cuir ; c’est limite écoeurant. Ça me dégoûte même… Une carte à jouer : le roi de cœur... J’ai mon roi de cœur pour compagnie, quelle ironie ! Je suis amère. Même dans son départ, je n’ai pu l’accompagner en plein jour, je n’ai pas pu lui dire adieu. Seule. Toujours et indéfiniment seule… En cet instant, plus seule encore…

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